Confortablement installée dans les fauteuils du Théâtre de Mayenne, Tranzistor l’émission live embarque pour un voyage très éclectique, des chansons sans étiquette de Magali Grégoire, en passant par le r’n’blues inclassable de Bloodflower, jusqu’aux contrées post-punk électro de Medena.

 

Qu’elle écrive pour les enfants ou pour les grands, Magali Grégoire ne change rien : elle « laisse venir ce qui vient », naturellement. La musicienne chante les mots, comme les notes, qui lui trottent dans la tête. Jusqu’à longtemps, ses mélodies ne s’adressaient qu’aux tout-petits. Puis un jour, est apparue une chanson pour les adultes, puis un autre… Jusqu’à ce qu’elle ose, en 2019, présenter ce répertoire sur scène et sur disque. D’abord en duo, puis en trio : elle se produit aujourd’hui en (très bonne) compagnie de Monpacoven (au clavier) et Nicolas Marchand (à la batterie et aux percussions). L’ex-métronome de Bajka imprime à la musique son groove fin et discret, aussi solide que souple et inventif. Quand le facétieux Monpacoven dissimule mal, derrière l’apparent classicisme de son jeu pianistique, une fantaisie et une fraîcheur naturelles, glissant ici des sonorités presque électro, là une envolée jazzy ou la syncope d’un reggae enjoué.

Sur cette assise complice et tout-confort, la chanteuse se pose avec aisance, ose faire vibrer dans sa voix l’émotion qui la traverse, cherche à faire sonner son chant comme un instrument, ou s’autorise des vocalises qui frôlent le scat…

Dernier titre du live joué ce soir-là, l’inédit « Jardin secret » figurera sans doute dans le prochain enregistrement du trio, prévu au printemps. À la différence du répertoire actuel, signé par Magali seule, ces nouvelles chansons sont le fruit d’un travail collectif. « Elles disent mieux qui nous sommes tous les trois ». Et expriment l’envie du trio d’aller « vers plus de légèreté ». Objectif affiché : moins de pesanteur et de gravité, pour davantage d’air et de liberté.

 

Bien malin celui qui parvient à ranger dans une case la musique inclassable des sisters de Bloodflower. À l’origine de ce projet lancé il y a moins d’un an, Stella Courchesne-Laurier l’avoue sans mystère : “lorsque je compose une chanson, je ne sais pas où elle m’emmènera”. Rien n’est programmé ou préétabli dans la démarche très spontanée de cette jeune musicienne de 22 ans, qui se fiche bien de l’air du temps et des courants dominants. Peut-être que l’étiquette, bricolée par nos soins, de “r’n’blues” serait celle qui colle le moins mal à la peau des explorations sans GPS de cette Québécoise, débarquée en France il y a une dizaine d’années.

R’n’b pour évoquer le goût affiché de Stella pour le rap, la soul ou le r&b qu’elle écoute et reprend assidument, de Sia à Jorja Smith, influence revendiquée dont le timbre vocal rappelle souvent le sien. Loin des guitares abrasives des groupes dans laquelle elle tient par ailleurs la basse, cette pétroleuse au dresscode très rock’n’roll quitte parfois la mélodie pour adopter le phrasé scandé du rap.

Blues pour dire le caractère très organique, parfois lofi, de sa musique jouée live, dépourvue de toute séquence et élément électronique. Au blues, Bloodflower emprunte aussi son épure. Sur les lignes de basse bouclées de Stella s’appuient les percussions martelées par sa frangine Pialli, qui rehausse parfois le tout de quelques traits de violon. Un minimalisme qui créé la tension, capte et focalise l’attention sur la belle voix de Stella, empreinte d’une mélancolie et d’une nonchalance rappelant parfois l’Américaine Lana Del Rey. Souvent, le chant des deux musiciennes s’enchâssent, formant de parfaites harmonies vocales. À l’image du lien profond, presque gémellaire, qui unit ces deux sœurs, vibrant sur le même tempo depuis leur plus tendre enfance.

 

Est-ce parce qu’il y a le mot « eden » dans Medena (qui évoquera aussi à certains la BD Le monde d’Edena du grand Moebius) ? À nos oreilles en tout cas, le nom de ce trio, formé il y a moins de deux ans, suggérait un monde lointain. Un paradis perdu, dont le premier ep, en forme de triptyque narrant une odyssée imaginaire, semblait être la destination. La vérité est ailleurs, et bien moins exotique : selon Gabriel, chanteur et bassiste actuellement élève du cours Florent à Paris, le mot signifie « Mayenne » en latin. « C’est ce qui nous relie tous les trois ». Attachés à l’endroit où ils se sont rencontrés, ils continuent de s’y retrouver pour répéter, même si tous n’y résident plus.

Medena, c’est d’abord une histoire d’amitié, que la musique a renforcée et entretient aujourd’hui. Si quelques références musicales communes les rassemblent, de Joy Division au plus actuel Shame, ils mixent dans Medena des influences très composites : Gabriel confesse son admiration pour Damon Albarn (Blur, Gorillaz…), quand Mael (guitariste et principal compositeur du groupe) a des antécédents émo et post-hardcore, et que Mathis (aux claviers et à la guitare) a saigné les vinyles de Led Zep ou Pink Floyd de ses grands-parents…

Sur scène, malgré son expérience encore récente du live – une grosse demi-douzaine de concerts -, le trio assure et déroule ses cinq morceaux sans accroc. Anglais sans accent frenchy, timbre et diction évoquant Morrissey à la grande époque des Smiths, le chant de Gabriel semble habité par un élan vital, une nécessité qui porte et aimante les chansons.

Évoquant parfois les Mayennais de Maine!, autre inspiration déclarée, certains titres comme « Circé » ou « Dérive » citent dans le texte la coldwave des années 80, façon Cure ou Joy Division. Mais les plus récents « Rituals » ou « Ricordaine », et son parlé-chanté à la Lou Reed, empruntent des voies moins référencées, plus singulières. L’odyssée de Medena ne fait que commencer… Espérons qu’elle les mène au 7e ciel !

 

Une émission proposée par Mayenne Culture, en partenariat avec Pampa!, L’Autre radio et L’Œil mécanique.

 

Chaque premier jeudi du mois à 21h sur L’autre radio, Tranzistor l’émission accueille un acteur de la culture en Mayenne : artiste, programmateur, organisateur de spectacle… Trois fois par an, Tranzistor part en « live » pour une émission en public. Au programme : interviews et concerts avec deux ou trois artistes en pleine actualité.

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