Itinéraire de cette émission Tranzistor live enregistrée au Théâtre de Mayenne : un démarrage en douceur avec les pérégrinations d’Apollinaire l’apiculteur narrées par Adone Ipy, puis on décolle vers la stratosphère avec le post rock planant de Go Nowhere, pour un final en apesanteur avec la techno intense et dansante de UFU ! 

Tout a commencé par un simple exercice. Lors d’un stage d’écriture de chansons, Florian Bézier, alias Adone Ipy, expérimente la création sous contraintes – en l’occurrence, il s’agissait de rédiger un texte uniquement avec des mots commençant par le son « ap » ! Objectif de cette gymnastique textuelle : arpenter des terrains encore inexplorés, écrire sans intention première pour ouvrir son imaginaire et faire confiance à son inconscient…  

De cette expérimentation fructueuse, naitra une chanson, première apparition d’un drôle d’apiculteur répondant au doux nom d’Apollinaire. Intrigué par ce curieux personnage, Adone Ipy se prend au jeu, curieux de découvrir ce qu’il arrivera à ce héros, qui – comme c’est étrange ! – lui ressemble un peu.  

Toujours en s’imposant de draconiennes règles de rédaction et armé d’un solide dictionnaire, il entreprend alors d’écrire la suite des aventures d’Apollinaire, qui se révèlent à lui au fur et à mesure de l’écriture. « Rien n’était prémédité, ce sont les mots qui m’ont guidé », assure l’auteur-compositeur-interprète, qui se lance alors dans un ambitieux projet de livre-disque, illustré par ses soins. Avec cet album achevé fin 2025, il signe son 3e disque, après deux opus publiés en 2013 et 2019. 

Regorgeant de mots aussi étranges que poétiques, ses chansons un brin singulières n’ont cependant rien d’hermétique : bien au contraire, chacune raconte une histoire et illustre une « morale » pleine de sens. « J’aime l’idée de faire passer, à travers une forme en apparence naïve, un message plus complexe et profond », explique le Cosséen, qui voit dans ce penchant un héritage de son voisinage avec les œuvres d’artistes naïfs comme Robert Tatin (basé à Cossé-le-Vivien) ou Henri Rousseau.  

Une certaine candeur émane aussi des jolies mélodies habillant ses nouvelles chansons, que ce percussionniste de formation vient égayer de synthés bon marché et de xylophones à la fraîcheur bienvenue. Mais, en live, rien de maladroit ou de naïf : s’appuyant sur une diction très rythmique, pas loin du slam ou du rap, Adone Ipy brille par son assurance et son aisance scénique, soutenu par un solide trio guitare-basse-batterie. Parmi ses musiciens, qui l’accompagnent sur scène depuis plus d’une décennie, figure le batteur Martin Aubin. Producteur électro et dj au sein de différents projets, ce musicien, aussi créatif que discret, affectionne ce rôle d’accompagnateur, qu’il occupe aussi au sein de Go Nowhere, second invité de cette émission live.  

 

Partir sans destination. Se lancer et ne (surtout) pas savoir où l’on va. Comme Adone Ipy, le duo Go Nowhere préfère l’expérimentation à la préméditation. Un choix inscrit dans le nom même du groupe : « Go » pour affirmer résolument les envies de voyage et d’évasion que porte sa musique instrumentale, « Nowhere » pour récuser d’emblée les limites et les frontières de genre.  

Mal à l’aise avec les étiquettes stylistiques, forcément étouffantes, le fondateur et compositeur du projet, Vincent Trottier, refuse de choisir entre rock, ambient, electro ou classique. Ce guitariste, ancien élève du conservatoire de Laval désormais installé au Mans, aime autant les lancinantes guitares tex-mex des Hermanos Gutiérriez que le piano en lévitation de Nils Frahm, les gymnopédies de Érik Satie que l’hypnose répétitive de Steve Reich. Alors pourquoi sa musique devrait-elle se refuser cette liberté ? 

Parmi ces multiples inspirations, une ligne semble toutefois se dégager : celle d’un minimalisme revendiqué. Il s’agit ici d’éviter de remplir, d’évider plutôt que d’enrichir, de composer comme l’on sculpte : pour trouver une forme essentielle, laissant à l’auditeur tout l’espace pour déployer son imaginaire. Libre alors à chacune et chacun de se faire son propre film. Car, on peut l’écrire sans ne la trahir ni la réduire, la musique de Go Nowhere est puissamment cinématographique.  

Autre cap affiché de cette musique sans latitude : nous aider à prendre de l’altitude, nous envoyer au 7e ciel pour planer en toute légèreté au-dessus de la mêlée, loin des humaines turpitudes. « C’était très clair pour moi dès le départ, confirme Vincent, je voulais faire une musique qui aide à s’apaiser, à se détendre…  Une musique idéale pour se relaxer ou faire la sieste ».  

Lumineux et hypnotique, le premier ep du duo, paru en décembre dernier, invite immanquablement à la rêverie. En live, on ferme direct les paupières : embarquement immédiat pour un doux voyage intérieur.  

Entrelacs de guitares cristallines, boucles de synthés modulaires, motifs de batterie hypnotiques… Ultraconcentrés, les deux musiciens déploient sur scène, dans des gestes lents et précis, comme en apesanteur, leurs paysages sonores. Atmosphériques et aériennes, certaines de leurs compositions – on pense notamment à « Tuco » et « Stories » – sont des tubes à leur façon. Des bangers en mode « slow life », qui a contrario de la pop formatée, font l’éloge de la lenteur et infuse en nous doucement leurs entêtantes mélodies.

 

« Immersion », « voyage », « évasion » sont aussi les mots-clefs qu’UFU, alias Uncle Fab Universe, associe à sa techno physique et puissante. Son set pour l’émission Tranzistor est en soit un voyage à travers son parcours musical et ses multiples influences. Les accents rétrofuturistes, en mode synthwave, de premiers morceaux de son live font ainsi écho à ses premiers amours d’adolescent pour les pionniers des musiques électroniques, de Moroder à Ceronne, Vangelis ou Jean-Michel Jarre.  

Né en Bourgogne dans une famille de musiciens – son père était accordéoniste -, il prend dès 8 ans des cours d’orgue et de clavier. Plutôt branché rock façon Deep Purple ou Santana, il jouera dans plusieurs groupes, avant que la passion du sport ne prenne le pas sur la musique.  

Volleyeur semi-pro pendant plusieurs années, UFU – Fabrice Doridot de son vrai nom – est aussi champion régional en titre d’haltérophilie… La pause imposée par le Covid sera pour lui l’opportunité de renouer avec la musique : le néo-lavallois profite des différents confinements pour se convertir aux musiques électroniques et s’initier à la musique assistée par ordinateur (MAO).  

Sous le regard critique (mais bienveillant) de ses enfants, aussi passionnés de techno, ce « fou de boulot » se plonge à corps perdu dans l’univers infini des instruments virtuels, séquenceurs et autres machines numériques. Grâce aux conseils avertis d’Éric Onillon, prof de MAO au conservatoire de Laval et de l’ingé son Thomas Ricou, l’apprenti producteur apprend vite, et publie en 2023 sa première track, « Tribute to Mr Moroder », logiquement dédiée à l’un de ses premiers mentors. 

De son expérience de sportif de haut niveau, UFU a conservé une force de travail et une discipline très rigoureuse. « La musique, c’est 98% de boulot et 2% de plaisir », confie-t-il dans une déclaration peut-être un peu excessive, à l’image du personnage, aussi entier qu’attachant.  

Au fil des productions, et de ses contacts avec l’asso électro Zéro Tapage qui l’a programmé lors de plusieurs évènements, UFU fait évoluer ses compositions vers des sonorités plus actuelles, citant notamment parmi ses nouvelles influences Vitalic, Justice ou Gesalfelstein. À l’image de son dernier titre, le très martial « Red War », parfait point final de son set, l’ambiance se fait plus sombre, plus massive et abrasive. 

Ce compétiteur dans l’âme ne peut envisager le live que comme une performance, où il interprète en direct sa musique, armé de ses machines et synthés analogiques. « Je ne peux pas m’empêcher de bouger comme un fou fou sur scène, rigole le jeune quinqua. Impossible pour moi de jouer sans ressentir des émotions. C’est mon unique but : vivre et partager ces émotions avec les autres ».   

 


Une émission proposée par Mayenne Culture et Pampa !, en partenariat avec L’Autre radio et LŒil Mécanique.

Chaque premier jeudi du mois à 21h sur L’autre radio, Tranzistor l’émission accueille un acteur de la culture en Mayenne : artiste, programmateur, organisateur de spectacle… Trois fois par an, Tranzistor part en « live » pour une émission en public. Au programme : interviews et concerts avec deux ou trois artistes en pleine actualité.

 

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