Pontmain, petit village de 900 habitantsaccueille l’un des plus beaux lieux d’exposition du département : son centre d’art se distingue depuis près de 30 ans par la qualité de sa programmationVisite guidée avec Stéphanie Miserey, directrice de ce lieu chaleureux, qui accueille en résidence depuis janvier les artistes Bérénice Nouvel et Cyprien Desrez.

Bien qu’on y soit venu souvent, on ressent toujours le même étonnement, lorsqu’à l’approche de Pontmain, apparait la silhouette surdimensionnée de son imposante basilique. Dominant de tout sa hauteur ce modeste village, niché dans le bocage, cet impressionnant vaisseau de granit accueille chaque année plusieurs milliers de visiteurs, venus en pèlerinage dans cette « cité mariale » où serait apparue la vierge en 1871.

Une autre apparition divine étonne le visiteur de passage : Pontmain accueille également un centre d’art contemporain, dont la présence s’avère plutôt inattendue dans ce bourg de 800 habitants ! À l’origine de cette implantation improbable : d’une part l’existence d’un musée d’art liturgique, directement connecté à l’histoire religieuse du village, et d’autre part, à la fin des années 90, la volonté de l’État, via sa direction régionale des affaires culturelles, de soutenir la création d’un lieu d’art contemporain dans le nord de la région Pays-de-la-Loire.

De la conjonction de ces deux projets est né en 1999 le centre d’art contemporain de Pontmain, dont les premières expositions abordent le thème du « sacré » : le recueillement, la mémoire, l’immatériel, le culte… Puis dès 2004, le centre d’art élargit la focale et ouvre sa programmation à l’ensemble du champ, très vaste, des arts visuels.

« Prendre soin de la relation au public, c’est essentiel pour nous ».

En 2010 puis en 2024, le lieu, propriété de la communauté de communes du Bocage Mayennais, bénéficie d’importants travaux de rénovation, qui font aujourd’hui de cet équipement un magnifique outil de travail, associant hébergements, salles de médiation et spacieux espaces d’exposition, répartis sur plus de 200m2.

Derniers aménagements en date : en 2025, Vincent Maugé, plasticien à la reconnaissance internationale, habille la façade du lieu d’élégantes étoiles de métal plié. L’objectif de cette commande, détaille Stéphanie Miserey, directrice du centre d’art depuis 2020, était de conférer une singularité artistique à l’architecture plutôt austère de cet ancien hospice, pour in fine renforcer sa visibilité et son identification par le public.

Car dans ce territoire rural situé aux confins de la Mayenne, de la Manche et de l’Ille et Vilaine, parvenir à convaincre un public peu familier des lieux culturels, et qui plus est de l’art contemporain, de pousser la porte d’un centre d’art est un défi quotidien.

Un pari que la petite équipe du lieu (composée aussi de Dominique à la régie et de Justine à la médiation et la communication) relève avec une belle énergie : les chiffres de fréquentation du centre d’art sont au beau fixe, avec plus de 3.000 entrées par an. « Cela reste un petit lieu, à taille humaine, nuance Stéphanie, où l’on peut accueillir et guider chaque personne individuellement. Prendre soin de la relation au public, c’est essentiel pour nous ».

Comme à la maison 

Passé l’accueil du centre d’art, on accède à son principal espace d’exposition, composé de plusieurs pièces en enfilade, sur près de 170m2. Parquet ancien teinte miel foncé, belle hauteur sous plafond, moulures aux murs et grandes ouvertures… On se sent « comme à la maison » dans cette « boîte blanche », appréciée par les artistes tant pour sa neutralité et sa luminosité, que pour son caractère chaleureux et accueillant.

C’est dans cet espace que se déploient majoritairement les trois expositions accueillies chaque année par le centre d’art. Loin des impératifs de spécialisation, de nouveauté ou d’exclusivité qui peuvent dicter parfois les choix des lieux d’expo urbains, Stéphanie vieille d’abord à proposer une grande diversité de formes et d’approches artistiques. Faisant la part belle à la peinture, au dessin, à la céramique ou la sculpture, la programmation se distingue par sa sensibilité et sa générosité, démentant tous les clichés qui réduisent parfois l’art contemporain à un intellectualisme élitiste et hermétique.

Il ne s’agit pas de répondre à tout prix aux attentes présupposées du public, resitue Stéphanie, mais plutôt de surprendre, d’éveiller et cultiver la curiosité. Le tout sans jamais oublier de « se mettre à la place de la personne néophyte, peu familière de l’art contemporain, que j’ai moi-même été », poursuit cette Rochelaise d’origine.

Aussi discrète que déterminée, cette jeune quarantenaire super organisée abat un sacré boulot, jonglant avec « trois métiers en même temps » : la responsabilité du service culturel intercommunal du Bocage Mayennais et la mise en œuvre d’une saison culturelle spectacle vivant s’ajoutant à la direction du centre d’art.

Joyeux bazar

En poursuivant la visite du lieu, on grimpe au 1er étage, qui accueille trois autres espaces d’expo de taille plus modestes, ainsi qu’un « atelier d’arts plastiques » dédié aux actions de médiation et d’éducation artistique. Une mission essentielle du centre d’art que fréquentent chaque année plus de 1.000 élèves du territoire.

« C’est le sens même de l’existence d’un lieu culturel public, justifie Stéphanie. S’ouvrir à tous les publics, qu’ils soient scolaires ou en situation de handicap… C’est ce qui donne du sens à notre boulot. On tâche de travailler le plus possible avec les habitants, en invitant par exemple les artistes à mener de projets associant des écoles, des Ephad ou des associations ».

À l’image du projet mené avec plusieurs classes par Bérénice Nouvel, artiste en résidence depuis janvier au centre d’art, aux côtés du plasticien Cyprien Desrez. Depuis 2000, chaque début d’année, Pontmain accueille en effet deux jeunes artistes en résidence de création : l’opportunité pour eux de bénéficier pendant huit semaines d’un soutien financier, d’un lieu d’hébergement et de création, avec à la clé une exposition au printemps. Car, autre atout majeur du bâtiment, le centre d’art peut accueillir des artistes à demeure : son 2e étage dispose de quatre chambres, que jouxte un confortable espace de vie, avec cuisine et salon cosy.

Mais ce sont dans les lumineux et spacieux espaces du rez-de-chaussée, transformés en atelier, que les deux plasticiens campent depuis près de deux mois. Musique en sourdine, toiles en cours de séchage, odeur de térébenthine, pinceaux, pots de peintures et ustensiles en tous genres…. Dans ce « joyeux bazar organisé », règne une ambiance studieuse et appliquée.

« Un récit visuel sensible, à mi-chemin entre le musée d’histoire local et Disneyland ».

Installée dans les deux premières salles, Bérénice Nouvel apporte quelques retouches à un gigantesque cœur rouge profond, tandis qu’en arrière-plan trône un immense pot de Nescafé, peinture plus vraie que nature, n’était-ce sa taille démesurée. Fille d’un père peintre d’enseigne et d’une mère coiffeuse, l’artiste nantaise aime inclure des éléments autobiographiques dans son travail, qui mêle écriture, édition de fanzine, trompe l’œil, peintures hyperréalistes et esthétique publicitaire. Interrogeant les frontières entre art et artisanat, vrai et faux, fiction et réalité, numérique et fait-main, ses œuvres enchevêtrent autofiction, discours critique et poésie pop faussement naïve.

Ses aplats vifs et éclatants résonnent et voisinent harmonieusement avec l’univers saturé de couleurs, à la fois cartoonesque et trivial, de Cyprien Desrez, où l’orange pétant d’une borne d’appel d’urgence télescope le vert flashy de riantes prairies… Depuis près de trois ans, cet autostoppeur invétéré – chaque été, il part en vadrouille en stop, sans argent, ni téléphone – consacre son travail à l’A84, axe autoroutier de 170 km reliant Rennes à Caen.

Synthèse de ses recherches et observations, l’expo qu’il prépare à Pontmain, « commune idéalement située entre les deux grandes villes desservies par l’autoroute », apparaît comme le pendant de son livre déjà dédié à cette « autoroute des estuaires », qu’il a parcouru en long et en large, à pied, en voiture et en stop. Immersives et en 3D, ses peintures-sculptures en papier mâché – sa technique préféré – investissent tout l’espace, recouvrant les murs du sol au plafond, pour construire un « récit visuel sensible, à mi-chemin entre le musée d’histoire local et Disneyland ».

Clou de l’installation : un gigantesque paysage mural tapissant une alcôve située au fond du centre d’art, que le Normand désigne en rigolant comme une « Chapelle Sixtine dédiée à l’A84 ». Gageons que les pèlerins apprécieront le clin d’œil.

 

Playlist 

1- Nicolas Seguy – Ma musique (feat Ben Mazué et Gaël Faye)  

2- Black Pumas – Colors  

3- IAM – L’empire du côté obscur  

4- Hippocampe Fou – Tapalaref  

 

Chaque premier jeudi du mois à 21h sur L’autre radio, Tranzistor l’émission accueille un acteur de la culture en Mayenne : artiste, programmateur, organisateur de spectacle… Trois fois par an, Tranzistor part en « live » pour une émission en public. Au programme: intervews et concerts avec deux ou trois artistes en pleine actualité. 

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