Enregistré à Loiron-Ruillé, dans un Théâtre des 3 Chênes bondé, cette émission Tranzistor live verse comme à son habitude dans un bel éclectisme,  entre les chansons toutes neuves de Magali Grégoire, les vibrations positives de Collectif Team Peace et le rock so british de Curtis Simmons. 

 

Si certains chanteurs pour les grands, à l’instar d’Aldebert, se tournent vers le jeune public, Magali Grégoire elle a fait le chemin inverse. En 2020, la chanteuse, qui ravit depuis plus de 15 ans les oreilles des tout-petits, concrétisait avec son premier disque un désir qu’elle nourrissait depuis longtemps : écrire des chansons pour les grands. Aujourd’hui, même si elle poursuit ses projets musicaux en direction des enfants, l’envie de s’adresser aux adultes l’anime plus que jamais : en témoignent ces nouvelles chansons, présentées en avant-première au Théâtre Les 3 Chênes.  

Depuis son dernier passage dans Tranzistor l’émission en mars 2023, les compositions de Magali Grégoire ont pris une nouvelle dimension. Délaissant le format piano/voix des débuts, elles exploitent pleinement la belle complicité que la chanteuse a tissée avec les deux musiciens qui l’accompagnent depuis près de 5 ans, Nicolas Marchand (percussions) et Monpa Coven (clavier). Bien plus que de simples sidemen – c’est un vrai trio que l’on entend et que l’on voit sur scène -, ses deux partenaires, aussi expérimentés que créatifs, déploient toute leur inventivité pour habiller les mélodies de Magali. S’affranchissant des sentiers bien balisés, ces arrangements écrits à six mains préfèrent prendre leurs libertés et emprunter des chemins de traverse, pour se concentrer sur l’essentiel : mettre en lumière les mots, et servir au plus près « l’histoire » que raconte chaque chanson.  

Ces histoires, Magali va souvent les puiser dans sa vie, son quotidien, ses rencontres… Une petite étincelle suffisant généralement à mettre son imagination fertile au galop. (Presque) tous signés de sa main, ses textes ont eux aussi gagné en épaisseur et en liberté, s’autorisant tous les thèmes, refusant de choisir entre fantaisie (« Le routier ») et sujets touchy. À l’image d’« Insidieux », ou plus encore de la bien nommée « Plume », qui montre de manière éclatante comment l’infiniment intime peut toucher à l’infiniment universel. Un moment suspendu, à la fois léger et puissant, dépouillé (en notes) et chargé (en émotions), où musique et mots s’accordent avec une rare justesse, pour laisser le champ libre à la voix de Magali Grégoire, vibrante à vous fendre l’âme. 

Il est loin le temps – c’était à la fin des années 2010 -, où Antoine Hureau et Édouard Poirier, deux potes de lycée inspirés par Tryo et toute la vague reggae frenchy qui a suivi, décidaient de créer un groupe, juste pour le fun et les bonnes vibes. Aujourd’hui, les deux co-pilotes du Collectif Team Peace sont toujours dans la place, drivant d’une main de maître leur projet, qui a clairement pris une dimension professionnelle.  Autour d’eux, les deux chanteurs ont fédéré au fil des années une équipe de musiciens talentueux, de paroliers inspirés et d’arrangeurs hors pair. Une team de choc – « On voulait des killers, rigole Antoine -, qui vient étoffer et enrichir les mélodies et refrains ébauchées par le duo.  

Fruit de cette collaboration collective, leur dernier album Soleil nomade, parfaitement produit, combine dans un même creuset syncopes reggae roots imparables, arrangements super soignés, incursions hip hop et chanson festive aux textes bien ficelés.  

Même impression en live, où les musiciens du CTP, très à l’aise, déroulent leur set en showmen expérimentés – le groupe enquille 30 à 40 dates par an. Derrière les platines du collectif, ici en trio (mais le groupe se déploie aussi parfois en quartet ou quintet), Hugo Davette, compagnon de longue date du collectif, envoie les instrumentaux, que cet excellent guitariste éclaire de brefs solos bien sentis et de motifs afro.  

Salopettes et casquettes vissées sur la tête, les deux frontmen font le show, et ambiancent d’entrée le public des 3 Chênes, qui réagit au quart de tour. Grand sourire aux lèvres et regards complices, le tandem prend un plaisir manifeste à partager la scène. « C’est le live qui nous tient, confirme Antoine. On fait de la musique pour faire des concerts, rencontrer le public… » 

Tout autant que les paroles de leurs chansons, leurs lives incarnent le message optimiste qui traverse leur répertoire. Malgré les crises – géopolitiques, écologiques, économiques… – qui menacent notre époque, le CTP persiste à regarder le monde du bon côté. Cette positivité, que certains pourraient trouver naïve, Antoine et Édouard la revendiquent : « plus notre quotidien est anxiogène, plus on a besoin de sourires et de joie… On essaie au maximum de rendre les gens heureux ! » 

Il ne faut pas toujours se fier à ce que raconte Curtis Simmons en interview. Incarnation parfaite du flegme britannique, ce Gallois d’origine voudrait nous faire croire que c’est à sa soi-disant flemme (et quelques heureux hasards) qu’il doit son incroyable parcours : le guitariste, fraichement installé dans nos vertes contrées, a sillonné pendant près de deux décennies les scènes internationales, accompagnant en live ou en studio des musiciens aussi prestigieux que Robert Plant, Eric Clapton ou Alice Cooper. Gamin, le jeune Britannique rêve d’une carrière de footballeur professionnel mais abandonne vite cette idée – « trop d’efforts à fournir » – pour se mettre au rock et la guitare, qui selon ses dires correspondent mieux à son profil de « type pas sérieux »…  

« Bon, je rigole, j’ai travaillé comme un fou, bien sûr », finit-il par concéder au détour d’une énième boutade sur sa prétendue flemmardise. Ce que confirme dès les premières secondes sa prestation ce soir-là au Théâtre Les 3 Chênes. Son bluesy chaleureux, phrasé super fluide et maîtrise technique impeccable… Curtis Simmons est un guitariste de première classe, doublé d’un excellent chanteur. Sous son chapeau de cowboy et derrière son apparente nonchalance, il décoche à tout va riffs assassins et solos ravageurs.  

Conjuguant avec bonheur, et un sacré savoir-faire, énergie rock et élégance pop, les tubes en puissance de Curtis Simmons sonnent comme des classiques instantanés. À l’image de l’irrésistible « Shine on », son dernier titre, qui annonce son prochain album, prévu pour cet été. Car après avoir beaucoup joué, arrangé et composé pour les autres, le chanteur-guitariste a décidé, au mitan des années 2010, d’écrire pour lui. C’est à peu près à la même époque que le Gallois a fait le choix de s’installer en France, avec sa compagne, rencontrée lors d’une tournée dans l’Hexagone.  

Après quelques années dans le Limousin, le couple s’est posé début 2025 dans le bocage mayenno-normand. Comme il l’affirme dans un français au fort accent british, Curtis compte bien s’ancrer ici et s’intégrer dans le réseau musical local. Il a ainsi recruté en Mayenne les trois fines gâchettes qui l’accompagnent sur scène. Difficile, lorsqu’on les découvre en live, d’imaginer que ces quatre-là répètent ensemble depuis seulement quelques mois et jouent aujourd’hui sur scène pour la première fois !  

Boogie endiablé ou mid-tempo mélancolique… Tous leurs morceaux groovent d’enfer, soutenus par la basse funky de Philippe Léon, la batterie de Fabien Charbonnel et la guitare rythmique de David Painequin (aussi au clavier). Décollage réussi donc pour le quartet qui, avec quelques heures de vol supplémentaires, devrait vite planer dans les hautes sphères. Le voyage ne fait que commencer… 


Une émission proposée par Mayenne Culture, en partenariat avec Le Théâtre Les 3 Chênes, L’Autre radio et LŒil Mécanique.

Chaque premier jeudi du mois à 21h sur L’autre radio, Tranzistor l’émission accueille un acteur de la culture en Mayenne : artiste, programmateur, organisateur de spectacle… Trois fois par an, Tranzistor part en « live » pour une émission en public. Au programme : interviews et concerts avec deux ou trois artistes en pleine actualité.

 

Partager sur les réseaux sociaux